Entretien avec Jean-Philippe Lachaux

Je vous propose une synthèse de l’interview accordée par Jean-Philippe Lachaux aux Cahiers Pédagogiques (Dossier Enseigner l’attention, n°567, février 2021). Dans cet article, le chercheur revient dans un premier temps sur ce qu’est l’attention en classe (et ce qu’elle n’est pas), puis répond à la question de l’efficacité du programme Atole (programme conçu par lui-même et son équipe afin d’aider les enseignants à mieux prendre en compte l’attention des élèves dans leurs classes).

Doit-on vouloir sculpter l’attitude des élèves ?

Il y a un décalage entre la vie de classe que nos parents ont connu et celle que nos élèves connaissent aujourd’hui. On ne peut revenir au temps où l’attitude des élèves était sculptée à coup de baguette ! De plus un enfant calme en classe n’est pas forcément un enfant attentif, il peut rêvasser et songer à autre chose que la tâche que lui demande de réaliser son enseignant.

Il est grand temps de repenser totalement notre rapport à l’attention. La concentration (stade ultime de l’attention) ne doit pas être pensée comme un effort, une tension ou encore une pression imposée de force par l’esprit. Les artistes et les sportifs le savent bien, être concentré sur ce qu’on fait peut être une grande source de satisfaction. Quand l’attention est bien posée, avec un objectif simple, on peut ressentir un état de concentration tranquille (comme lorsqu’on fait un puzzle, c’est assez reposant). C’est cet état qu’il faut rechercher, la performance vient après.

Le programme Atole a-t-il évolué ?

Depuis deux ou trois ans, le contenu du programme Atole est stabilisé grâce aux nombreux retours du terrain. Cependant, il doit encore évoluer pour encore mieux répondre aux demandes de formation des enseignants. L’équipe de Jean-Philippe Lachaux a élaboré un MOOC conçu avec le réseau Canopé (L’attention, ça s’apprend), et travaille sur une formation de formateurs en partenariat avec l’acédémie de Lyon.

Du point de vue des enseignants ayant suivi le programme, une grande majorité reconnaît avoir modifié leurs pratiques pédagogiques : la manière de donner des consignes, ou de respecter l’attention des élèves en parlant moins.

Du point de vue des élèves, ces derniers comprennent mieux et savent reconnaitre quand ils se laissent distraire, ils sont davantage dans une démarche positive et utilise un vocabulaire métacognitif qui les aide à mieux comprendre ce qui se passe dans leur activité mentale.

Le programme Atole est-il fondé sur des preuves scientifiques ?

L’ensemble du programme Atole repose sur des faits scientifiquement validés tant par des publications scientifiques en neurosciences et qu’en psychologie cognitive. Par exemple, les travaux du chercheur en neurosciences John Duncan ont montré qu’il faut apprendre à découper les tâches complexes en une suite de tâches simples.

Pour ce qui est de l’efficacité du programme, il faut rester prudent et modeste. L’enseignement sur les preuves doit pouvoir être quantifié, ce qui est très difficile à faire dans ce domaine (organisation logistique coûteuse, technique invasive pour les enseignants, question de la mesurabilité de l’attention). Il faut donc bien distinguer la validité scientifique du contenu (qui n’est plus à démontrer) de l’exigence de démonstration scientifique rigoureuse de l’efficacité d’Atole sur l’attention des élèves.

Doit-on revenir à une pédagogie transmissive classique ?

C’est le contraire, le programme Atole n’est pas dans l’injonction, mais dans la prise de conscience : voici comment fonctionne l’attention (la vôtre et celle de vos élèves), à vous donc d’en déduire les conditions qui favorisent une bonne attention et concentration dans votre classe. Et les retours sur expérience d’Atole montrent clairement que c’est bien ce qu’il se passe pour les enseignants qui ont suivi le programme , ils modifient leurs pratiques à partir de leurs observations. À titre d’exemple, ils sont nombreux à dire qu’ils ne donnent plus trois consignes à la fois comme auparavant. Enfin, il ne faut pas tout attendre de l’enseignant, la question de l’attention doit aussi être de la responsabilité de l’élève.

L’article complet est à retrouver dans les Cahiers pédagogiques, Dossier Enseigner l’attention, n°567, février 2021

Le site officiel du programme Atole en cliquant sur l’image

Le blog (+vidéo) d’une enseignante qui s’est formée et qui a testé Atole. C’est très complet !

A retrouver également sur ce blog !

Une synthèse de l’entretien de Stanislas Dehaene paru dans la revue Sciences Humaines

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