Comment apprendre à apprendre ?

Conférence de Franck Ramus pour Eduspot et la Dane de Versailles ( 15 mars 2018)

Apprendre à apprendre est seulement apparu en France dans le nouveau socle commun en 2016 (compétence numéro 2). Mais à la lecture du référentiel, peu d’éléments permettent de comprendre comment on apprend à apprendre. Quelles sont les méthodes et les outils qui fonctionnent ?

Plusieurs études américaines auprès d’étudiants ont montré deux stratégies très efficaces : se tester et espacer les révisions dans le temps. Pourquoi consulter les recherches ? Tout simplement car parfois nos intuitions ne sont pas forcément les bonnes (on pense souvent à tort qu’il est plus efficace de lire et relire un texte que de se tester).

L’évaluation formative permet aussi d’apprendre,  l’expérience de Zaromb et Roediger en 2010 montre, au travers de trois groupes d’étudiants, que ceux qui avaient pratiqué la lecture de documents en alternance avec des tests ont de meilleurs résultats de rétention que ceux qui n’ont fait que lire les documents. Autre expérience, celle de Roediger et Karpicke, cette fois-ci sur la durée de rétention, montre que le testing est meilleur que la lecture pour réduire le taux d’oubli il augmente donc la rétention dans la mémoire à long terme. De plus, une méta-analyse sur 159 comparaisons d’expériences différentes a prouvé l’effet positif du test sur la mémorisation. On peut aussi ajouter que le feedback (retour d’informations) a un effet positif sur l’effet test car il augmente le taux de rétention. L’effet test est donc maximisé lorsque l’élève reçoit un retour d’informations sur sa performance.

Faut-il réviser en une seule fois où étaler les révisions dans le temps ?

C’est la question de l’apprentissage massé contre l’apprentissage distribué ou espacé. Ici aussi plusieurs études ont prouvé que plus on espace les sessions d’études et de tests, plus l’effort sera certes important, mais l’effet sur la mémorisation en sera maximisé.

Faut-il se tester avant ou après l’exposition au contenu ?

On peut penser que se tester avant la leçon permet de pré-activer le cerveau sur les connaissances à venir et de focaliser son attention sur les futurs contenus mais une expérimentation menée dans le laboratoire de Franck Ramus a montré qu’il vaut mieux faire les test (les quizz) après l’exposition au contenu (la mémorisation est meilleure que si le test est fait avant).

Quelles sont les conséquences en classe ?

Il n’y a pas de solution clé en main mais connaitre les résultats de la recherche invite les enseignants à réfléchir à :

– leur pratique (comment améliorer la mémorisation des élèves ?)

– la transmission de ces résultats aux élèves (comment leur apprendre à apprendre ?)

Quelques idées pour repenser l’enseignement  :

– l’enseignement frontal basé sur l’étude, la lecture donc sur une exposition passive est nécessaire mais pas suffisant

– obliger les élèves à récupérer ces contenus en mémoire

– tester aussi les élèves sur les chapitres précédents

– repenser le rôle des évaluations qui peuvent être plus fréquentes, à visée formative et à faible enjeu

– se tester peut devenir une activité routinière sans enjeu au niveau des notes

Comment exploiter le rôle du retour d’information ?

Le retour d’information à deux rôles :

– un effet récompense-punition qui peut accroître la motivation

– une information directe sur la performance permettant de s’améliorer

Le retour d’information est plus efficace s’il est rapproché du test  (il est important qu’il soit dans les deux sens enseignant-élève élève-enseignant)

Comment aider les élèves à apprendre à apprendre ?

Plusieurs pistes sont possibles :

– se tester, réciter plutôt que de relire

– espacer les séances de révision

– alterner les révisions de différentes matières et de différents types de problèmes

– autres stratégies : reformuler, faire des liens, trouver des exemples, résumer, les principes mnémo-techniques, …

Et le numérique dans tout ça ?

Le numérique n’est pas une solution miracle pour améliorer l’apprentissage. Il faut déjà avoir une idée de ce que l’on doit enseigner aux élèves et seulement après utiliser le numérique au service de l’apprentissage. Les outils low-tech sont aussi efficaces, exemple les QCM, les fiches questions réponses ou se questionner à l’oral. Les outils médium-tech peuvent être utilisés comme Plickers qui permet d’obtenir instantanément toutes les réponses des élèves. Les outils high-tech (Socrative, Didaks, Quizlet) maximisent la rétention des leçons.  

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