Le numérique transforme-t-il les apprentissages ?

Apprendre à l’école repose sur l’acceptation de quatre contraintes : de temps, de lieu, des savoirs à apprendre et de la manière de les apprendre. L’usage pédagogique du numérique supprime-t-il ces quatre contraintes ?

André Tricot, auteur de l’Innovation pédagogique

Le numérique supprime-t-il la contrainte de temps ?

L’apprentissage mobile fait sauter cette contrainte via des téléphones mobiles et des tablettes qui permettent d’apprendre à n’importe quelle heure de la journée ou de la semaine, et n’importe où (dans le train dans le bus chez soi). Une méta-analyse publiée en 2012 et portant sur 164 études montrent que l’apprentissage mobile présente des résultats positifs sur la satisfaction des élèves mais les auteurs ont plus de difficulté à montrer un effet positif sur l’apprentissage lui-même. De même avec la classe inversée plusieurs méta-analyses montrent qu’en moyenne la classe inversée permet de mieux apprendre que la pédagogie traditionnelle avec toutefois une faible différence entre les deux.

Le numérique supprime-t-il la contrainte de lieu ?

L’enseignement à distance via le numérique fait sauter cette contrainte. Grâce au numérique l’enseignant(e) et ses élèves peuvent aujourd’hui communiquer par courrier électronique, tchat, forum visio-conférence, etc … Cependant apprendre à distance est réputé exigeant, nécessitant de la part des élèves un investissement important. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication au service de l’enseignement à distance, ou mieux encore de l’apprentissage hybride, permettent de concevoir des solutions efficaces, si l’on n’oublie pas de soutenir les efforts des élèves.

Le numérique supprime-t-il la contrainte des savoirs à apprendre ?

À l’école les élèves acquièrent des compétences et des savoirs dont la légitimité a été établi par les institutions. En général ces savoirs ne correspondent pas un besoin immédiat au quotidien des élèves. Le numérique lui permettrait à chacun d’apprendre ce dont il a besoin au moment où il en a besoin. Pourtant cette idée est remise en cause par de nombreux travaux empiriques. Sur internet les individus ne cherchent en fait que des informations en relation avec ce qu’ils savent déjà. Or le savoir scolaire est un pari sur l’avenir. Si je n’apprends pas aujourd’hui un savoir qui me paraît inutile, je n’aurai pas demain la connaissance qui me permet de douter, de me poser des questions. Toutefois il faut admettre que le numérique est un moyen de faire sauter les cloisons entre les savoirs scolaires et les savoirs du monde, et de faire sauter les cloisons entre les pratiques scolaires et les pratiques quotidiennes.

Le numérique supprime-t-il la contrainte de la manière d’apprendre ?

À l’école on n’apprend pas comme on veut, les tâches (résoudre un problème, lire un texte, concevoir et mettre en œuvre une expérience scientifique) sont imposées par l’enseignant(e).  Le numérique, en proposant de nouveaux outils, permet d’envisager de nouvelles façons d’apprendre voire de nouvelles tâches scolaires, par exemple lire un texte sur l’écran, écrire un texte à plusieurs avec un logiciel de rédaction collective, écouter un document sonore en classe de langue avec son smartphone, résoudre un problème mathématique à l’aide d’un logiciel, … Le numérique, en ayant un effet sur les manières d’apprendre, modifie ce qu’on apprend, ainsi que les contraintes de lieu et de temps. La littérature scientifique dans le domaine montre que ces nouvelles manières d’apprendre constituent très souvent non pas des solutions de facilité, mais bien de nouvelles exigences tant pour les élèves que pour les enseignant(e)s.

En résumé on voit que le numérique permet de desserrer un peu, et à des degrés divers, les quatre contraintes qui pèsent sur les apprentissages scolaires. Mais les nouvelles technologies de l’information et de la communication ne sont que des outils, pas des solutions.

En matière d’enseignement, la pédagogie est toujours plus importante que le média (Richard Clark).

Cet article est un résumé des propos d’André Tricot. Vous trouverez la totalité du texte dans Les Grands Dossiers des Sciences Humaines (mars-avril-mai 2020)

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